Distribution minimale

2 femmes -4 hommes (Modulable)
Saynètes écrites entre 2004 et 2016
Droits d'auteur SACD
Durée totale : 90 minutes


Information

Les 12 saynètes

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Vous y trouverez l'histoire la distribution, un commentaire et un extrait pour chacune d'entre elles.

mardi 5 avril 2016

L' ANKOU





Commentaire : Création autour d'une figure emblématique des croyances bretonnes. Très sérieusement celle-ci. On ne rigole pas avec la Mort. L'occasion de faire un peu transpirer le public. J'ai voulu une fin touchante, afin de rappeler la destination qui nous attend toutes et tous.

Durée : environ 10 minutes.
Personnages : 2 femmes 3 ou 2 hommes (L’Ankou et Yann peuvent être joués par le même comédien)
-       Eliaz, le père
-       Iana, la mère
-       Yann, le fils
-       Suzanne, femme de Yann
-       L’Ankou, serviteur de la Mort
Costumes : Paysan breton – Imperméable, capuche et faux pour l’Ankou
Décor : Une cuisine (table, quatre chaises)
Synopsis : La famille Nedelec est en deuil. Eliaz Nedelec vient de décéder la veille. La mère Iana reçoit son fils Yann et sa belle-fille, Suzanne. L’esprit d’Eliaz erre comme une âme perdue, attendant la venue de l’Ankou, le ramasseur des morts.
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 -EXTRAIT-

Iana Nedelec est assise à la table de la cuisine, une tasse chaude devant elle. Elle semble plongée dans ses pensées.
Eliaz Nedelec est assis sur une chaise à cour dans un coin reculé de la cuisine. Bruits de vents et de pluie à l’extérieur.
Eliaz se lève subitement et va face public.

Eliaz : Qui est là ? Qui vient frapper à ma porte ?

Sa femme ne semble pas réagir.

Eliaz : Personne. La nuit est noire ce soir. L’Ankou va venir récolter….
Il reste un moment à fixer le vide puis retourne se rasseoir.
On frappe trois coups. La mère se lève. Eliaz ne réagit pas, en décalage complet avec le réel. On entend les voix en coulisses.
Yann : Désolé, la tempête nous a retardés et le train de Suzanne a été décalé d’une heure.
Iana : Ce n’est pas grave, j’étais devant une tasse de vin chaud. Entrez.

Ils apparaissent en cuisine et se débarrassent de leurs manteaux

Iana : Installez-vous… (Ils accrochent leurs vêtements à un porte manteau) Vous voulez du vin vous aussi ? Ça vous réchauffera.
Suzanne : Volontiers.
Yann : Euh…oui…enfin d’abord, j’aurais aimé voir Papa.
Iana : Oui…oui… bien sûr…venez…nous avons mis le cercueil dans le salon.
Suzanne : (Triste) Oui… Allons voir ton père, chéri.

Ils sortent en coulisses. Eliaz reste assis, les yeux écarquillés.

Eliaz : C’était une nuit d’avril. Il avait plu sans relâche. Il était malade depuis une semaine. L’Ankou est venu le chercher. L’Ankou m’a enlevé mon petit gars…Je l’entends encore à l’extérieur…Sa charrette grinçante…pliant sous les âmes qu’il emmène…Il s’est arrêté devant notre maison…

La famille Nedelec revient dans la cuisine. L’homme et la femme s’installent en silence à table tandis que la mère ramène deux bols de vin chaud.

Yann : Il semble dormir.
Suzanne : Il a un air apaisé.

La mère les regarde tour à tour puis soupire.

Iana : Oui…Il est mort…Il va falloir vous y faire les enfants.

Le fils regarde sa mère puis boit doucement son bol de vin chaud.

Iana : Le reste de la famille viendra demain. Puis, on refermera le cercueil. Nous l’enterrerons samedi.
Suzanne : Ça va aller, Iana. Nous sommes là.
Iana : Oh je ne suis pas triste. Eliaz était un homme bien. Et puis…
Suzanne : …et puis ?
Iana : Non…Rien.
Yann : …et puis Papa va retrouver Gurvan…C’est bien ça que tu voulais dire ?

Malaise à table. Suzanne boit à son tour puis hésite à parler.
Cie Prêts-textes-juillet 2017- Sainte Marie (La Réunion)

Suzanne : Excusez-moi mais…c’est idiot…dans le train en venant il y avait deux vieux messieurs et il parlait de quelqu’un qui était mort. Je ne comprenais pas tout car ils discutaient parfois en breton mais ils répétaient souvent « L’Ankou »…  « L’Ankou »…Qu’est-ce que c’est ? Ça veut dire la Mort ?
Iana : Non… L’Ankou est son serviteur… Il porte un chapeau sombre et une grande faux. Il circule à bord d’une charrette et récupère les âmes des défunts durant la nuit.
Yann : Tais-toi, Maman…
Suzanne : Ah ? C’est une légende alors…
Iana : Non… 
Suzanne : Non ?
Iana : L’Ankou existe. Il viendra pour Eliaz. Il a déjà emmené Gurvan. D’ailleurs, Yann l’a vu…
Yann : (Tapant du poing sur la table) Mais bon sang, tu vas te taire !

Nouveau malaise. Un grand silence à table. Eliaz se lève doucement face public. Les autres ne prêtent pas attention à lui.

Eliaz : C’était une nuit d’avril. Il avait plu sans relâche. L’Ankou est venu le chercher. Je l’entends encore à l’extérieur…Sa charrette grinçante…pliant sous les âmes qu’il emmène…Il s’est arrêté devant notre maison…Il a emmené Gurvan…Il aurait pu aussi prendre Yann mais ce soir-là, la mort avait décidé de me laisser un fils…

Yann se lève et prend son manteau.

Yann : Désolé, Maman…J’ai besoin de fumer une cigarette… je vais dans l’étable…

Il sort.
Les deux femmes se regardent.

Iana : Yann était tombé malade en même temps que son frère. Ils avaient de la fièvre depuis presque sept jours. Elle venait et repartait, venait et repartait comme le flux de la mer. Le médecin disait que c’était à cause du temps. Il pleuvait à torrents. Personne ne devait venir ce soir-là. Pourtant nous avons entendu un bruit de charrette qui s’était arrêtée dans la cour….

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